Politique et religion
 
   
Commentaire de l’article : « Zarathoustra, l’homme qui créa le concept du bonheur »
Lettre à Daech et aux responsables politiques
Zarathoustra et l’Europe
Ce que je crois et comment j’essaye de vivre ma foi
Ce que je crois et comment j’essaye de vivre ma foi (suites)
     
   
   
 
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Auteure
     
   

 
      Ce que je crois et comment j’essaye de vivre ma foi
    Témoignage présenté à la rencontre des CPS (Chrétiens pour le Socialisme)
    Natoye, 12-13 juin 1976

Il y a quelque temps (j’avais 33 ans), ma vie a brusquement changé de cap. Il y a eu littéralement rupture entre le passé et l’avenir. Cela ne pouvait pas être un événement banal et pourtant, je ne trouve qu’une formule banale pour vous en faire part : J’AI COMPRIS QUE J’ETAIS DIGNE D’ETRE AIMEE, QUOI QUE JE FASSE. Cette découverte m’a remplie d’une joie tellement extraordinaire que je voudrais pouvoir vous la communiquer aujourd’hui en essayant de vous expliquer ce qui m’et arrivé et ce qui s’en est suivi.

J’ai été brusquement délivrée de toute peur, de toute angoisse. Je me suis sentie traversée par une énergie qui ne trouve pas sa source en moi et qui me dépasse. J’ai su que ce dynamisme vital, pareil à la sève dans un arbre, qui pousse la nature et, en particulier, sa forme la plus accomplie qu’est l’humanité, à grandir, à se dépasser sans cesse dans la souffrance et la joie de créer, c’est DIEU.

Avant cet événement, j’étais dans mes relations comme un caméléon qui prend la couleur des branches auxquelles il s’accroche. Je croyais inconsciemment que, pour être heureuse, je devais être aimée, et que, pour être aimée, je devais plaire. Par conséquent, je m’efforçais de répondre à ce qu’il me semblait qu’on attendait de moi. Je ne pouvais me permettre aucune faille, aucun défaut. Il fallait que je sois parfaite.

"Etre parfait", qu’est-ce que cela signifie ? Une pièce fabriquée par un travailleur en usine est parfaite lorsqu’elle est tout à fait pareille au modèle imposé par la direction.

A quel modèle devais-je correspondre ? Avant que je ne suive les cours de l’ISCO (Ecole Supérieur de Culture Ouvrière du MOC, Mouvement Ouvrier Chrétien) : à celui qui m’était imposé par une éducation catholique, bourgeoise. Il fallait respecter des principes. Regarder leur Jésus et s’efforcer de lui ressembler. Surtout, être soumise, sous peine de damnation éternelle !

Avec l’ISCO, celui qui m’était proposé pr une école ouvrière. Encore des principes. Mais opposés aux précédents. Premiers déchirements pourtant. Et puis, la construction extrêmement pénible et difficile d’un modèle alternatif sur la base d’un vécu en milieu de travail appartenant pour moi au passé.

Enfin, je devais toujours être une brave fille, conforme à l’échantillon-type. Bien que, dans le second cas, il y ait eu amorce de libération par la mise en question des valeurs sur lesquelles s’appuyaient toute mon enfance et ma jeunesse.

Jusqu’au jour de ce que j’appelle ma "mise en voie de libération" (la libération totale n’étant jamais accomplie), ce fut une lute harassante. Que de soucis inutiles ! Que d’angoisses ! Ai-je bien dit ceci ? Ai-je bien fait cela ? Je ne pouvais accepter mes limites puisqu’elles m’empêchaient de mériter tout l’amour auquel j’aspirais et dont dépendait mon bonheur. J’étais ainsi pareille à ce héros de l’antiquité condamné à pousser au sommet d’une montagne une énorme masse de rochers qui revenait sans cesse vers lui.

Ainsi je gaspillais mes énergies et m’épuisais. J’étais profondément malheureuse, perpétuellement insatisfaite. Jamais je ne correspondais en profondeur au modèle imposé. Alors je me suis dit : "à quoi cela sert-il de vouloir changer le monde si, dans les meilleures conditions les gens ne sont pas plus heureux qu’aujourd’hui et si, dès aujourd’hui, je ne peux pas m’assurer de la possibilité de ce bonheur ? Etre heureuse devint mon seul devoir. Pour y parvenir, il fallait d’abord voir clair en moi.

Avec l’aide d’une personne qui avait le temps de m’écouter attentivement et ne me jugeait pas, en qui j’avais confiance, j’ai appris à me connaître assez, à savoir ce que je voulais, ce que je pouvais, à m’accepter, à ssvoir aussi qui m’aimait et qui j’aimais, afin de ne plus dépendre de n’importe qui. Peu à peu, j’ai pris conscience de l’amour dont j’étais l’objet, de sa solidité au-delà de mes défaillances et de mes doutes, au-delà de ses défaillances. Je ne devais pas mériter cet amour : il m’était donné gratuitement. J’ETAIS DIGNE D’ETRE AIMEE, QUOI QUE JE FASSE. Par conséquent, le bonheur m’était donné, quoi que je fasse. L’important, c’était désormais d’être moi-même, de penser par moi-même, d’agir comme je l’entendais. Je devenais mon seul juge. Puis, j’ai pris conscience que cet amour, je ne le perdrai jamais, même si je perdais ceux qui m’aiment, et j’ai su qu’il s’appelait DIEU.

Ensuite, j’ai commencé à avancer de découverte en découverte, de plus en plus émerveillée, comme une aveugle qui commence à voir, comme une sourde qui commence à entendre, comme une paralytique qui recouvre l’usage de ses membres. Voilà la bonne nouvelle de la libération : TU ES AIME QUOI QUE TU FASSES. Et cet amour révèle l’être unique que l’on est et que l’on peut tout ce qu’on veut. Dieu dit : "Voici mon fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Ecoutez-le". Et Jésus s’est mis en marche !