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      Redéfinir la prospérité
    Jalons pour un débat public
    Isabelle CASSIERS

Editions de l’Aube, avril 2011, 282 p.

Dans le langage courant, le terme est équivoque et c’est précisément cela qui le rend intéressant. Les définitions qu’en donnent les dictionnaires oscillent entre deux registres : celui de l’être et celui de l’avoir. La prospérité désigne d’une part un état heureux et renvoie par cela aux notions de bien-être, de bonheur, de félicité, voire de béatitude. Cette première définition évoque une disposition de l’être, un accomplissement dans l’instant. La prospérité désigne aussi l’augmentation des richesses, la marche vers l’abondance, vers l’opulence, la réussite, et renvoie alors aux activités économiques et à leur essor, expansion, succès, progrès. Cette deuxième définition évoque davantage une frénésie de l’avoir et de son accroissement.

Le côtoiement de ces deux ordres de définition pose question. Prospérité vient du latin prosperus : conforme ou favorable aux espérances, aux attentes. Notre projection continuelle vers l’accumulation de richesses, aurait-elle fait perdre de vue les attentes et les aspirations inscrites dans le registre de l’être ? L’écrasement de la première définition par la deuxième au fil du temps serait-il à l’origine des difficultés dans lesquelles notre civilisation se trouve aujourd’hui ? Qu’on ait pu assimiler « l’état heureux » à « l’augmentation des richesses » pourrait être une clé de compréhension de la crise multiforme que nous traversons.

Telles sont les questions qui ont donné naissance à cet ouvrage. Une vingtaine de chercheurs, issus de diverses disciplines - philosophie, économie, histoire économique, sociologie, sciences politiques, droit, sciences de l’environnement, agronomie, biologie, médecine - principalement mais non exclusivement universitaires, ont voulu s’écouter, dialoguer, confronter leurs interrogations et leurs savoirs, se donner ensemble le droit de remises en question radicales.

Convoquer plusieurs disciplines semblait en effet indispensable pour comprendre les origines philosophiques et historiques de la définition de la prospérité qui fut implicitement la nôtre pendant trois siècles et s’est imposée plus largement au cours des soixante dernières années. Puis pour tenter d’identifier les processus complexes dont les problèmes actuels sont issus ; d’élucider les interactions entre les différentes dimensions d’une crise écologique, sociale, alimentaire, économique, politique et culturelle ; de comprendre pourquoi un demi-siècle de croissance économique a ni accru la satisfaction de vie en Occident ni vaincu la misère du monde. Enfin pour suggérer des issues, des voies à explorer pour que notre développement aille à la rencontre des valeurs fondamentales exprimées par les populations ; proposer des révisions de nos modes de vie, de nos comportements, de l’organisation de la société et de l’action publique qui puissent répondre, d’une manière équitable, à nos aspirations les plus profondes.

Travaillant ces matières, il nous a semblé essentiel de reconnaître notre posture engagée, ou plus exactement la posture inévitablement engagée de tout chercheur s’attelant à un tel sujet. Redéfinir la prospérité est à nos yeux une tâche urgente, essentielle et complexe qui, par sa dimension intrinsèquement politique, ne peut faire l’économie.