Farid Bamouhammad : une figure emblématique
 
   
Farid BAMOUHAMMAD et le "SENS"
Farid le Fou ... d’Amour
Premier contact avec la prison
Deuxième contact avec la prison
Farid à Jamioulx
Farid Bamouhammad : 4ème rencontre (Jamioulx)
5ème visite à Farid
"Le ciel t’accompagne !"
Interruption de la médiatisation ici
Inspiré de l’interview par Malika ATTAR
Pourquoi ma relation avec Farid Bamouhammad ?
Transfert de Farid B. à la prison de Marche-en-Famenne
Farid BAMOUHAMMAD demande l’euthanasie
La grève de la faim de Farid au Centre médico-chirurgical de la prison de St-Gilles se poursuit !
Libéré provisoirement, Farid BAMOUHAMMAD est hospitalisé
Dernier "Devoir d’enquête" à la RTBF-TV 1
Une lettre de Farid B. depuis la prison de Nivelles
Lettre à la Commission de surveillance des prisons le 4 mars 2019
Farid Bamouhammad est décédé
Les acquis par Farid
Lettre de remerciements
Message laissé sur mon Facebook suite au décès de Farid
Farid vient d’être libéré sous conditions
     
   
   
 
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      Farid Bamouhammad : 4ème rencontre (Jamioulx)
   
    8 novembre 2010.

Avant tout, quelques perles pêchées dans le livre de Farid que je suis en train de relire :
-  p. 101 : "Les difficultés qui se produisent dans notre vie peuvent nous enrichir... La souffrance nous fait grandir en nous apprenant la richesse de la vie..."
-  p. 109 : "Je me rends compte que j’étais stupide et naïf de répondre à leurs provocations."
-  p. 142 : "La femme idéale est celle que je regarderais avec mon coeur car je crois que c’est ce qu’il y a de plus beau et de meilleur... Pour moi aimer, c’est aussi partager, aider, soutenir, protéger, ne pas trahir et être le plus juste possible."
-  p. 156 : "La prison est un lieu qui amène ceux qui y entrent à changer mais pas de la manière espérée. La prison est comme une maladie sauf si on arrive à s’en protéger."
-  p. 169 : "La beauté de la vie vient du coeur de l’homme." (Je continuerai ces citations au fur et à mesure de ma relecture.)

J’étais accompagnée de sa maman âgée de près de 75 ans. Elle marche difficilement. Elle espère voir son fils hors de prison avant de mourir. Comme il s’est montré attentif, tendre, gentil avec sa maman !

En ce moment, à partir de la cellule de Farid se trouvent des détenus de l’annexe psychiatrique qui déborde. Il souffre d’entendre les appels incessants de ces détenus qui vont mal. Dans son livre, p. 148 : "J’entendais ses cris et ses sanglots de ma cellule, ce qui me touchait énormément."

Mais le pire actuellement est son harcèlement par certains surveillants qui ne l’aiment pas. Pourquoi me dit-il ? A cause de sa "personnalité" : il refuse de "ramper", de "se soumettre", de ne pas être respecté. Farid ne se laisse pas faire. Il veut être reconnu dans sa dignité humaine et pas seulement lui, mais aussi les autres détenus. Il prend le parti des plus faibles. Il se porte à l’aide de ceux qui sont maltraités. Et toujours ce bruit qui l’empêche d’écrire.

Qu’est-ce que ce harcèlement ? Des provocations continuelles, des vexations programmées, la haine à l’état brut. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent provoquer la réaction de Farid pour justifier une grève et son renvoi en quartier de haute sécurité. Lors de notre départ, Farid était appelé "au rapport" auprès de la direction.

Heureusement, il y a actuellement à Jamioulx un adjudant-chef (je ne suis plus certaine de son grade mais c’est un responsable) qui au contraire aime Farid et fait tout ce qu’il peut pour lui venir en aide. Nous l’avons rencontré. C’est lui qui accompagnait Farid lorsqu’il est venu au parloir d’avocat. Un homme qui a 27 ans de travail en prison à son actif. Il fait du sport avec lui. Il le raisonne pour "qu’il se calme" dit-il, pour qu’enfin il puisse recevoir une sortie conditionnelle. Il l’accompagne "au rapport" pour faire entendre un autre son de cloche car de manière générale, il est difficile de contrer les gardiens qui en principe ont raison.

Farid souhaite suivre une formation en informatique ou dans les langues à l’extérieur, grâce à un bracelet électronique. Il aurait ainsi une bulle d’oxygène. Et en attendant, pouvoir occuper un lieu calme dans la prison pour écrire... Il ne faut pas oublier non plus que Farid a une femme qu’il aime et qui l’aime, le voit souvent et est une garantie de réinsertion lors de sa sortie : logement, recherche d’emploi, sécurité affective...

Farid a le coeur écorché vif dit-il. Je lui dis d’en arracher la haine qui l’empoisonne. Il reconnaît qu’il souffre physiquement à cause de ce qu’on lui fait vivre et de cette haine. De planter à la place de la haine un champ d’amour. Car les gardiens ont eux aussi besoin d’un regard d’amour, de reconnaissance,... Etre dans la haine, c’est se mettre à leur niveau. Se mettre dans l’amour, c’est prendre de la distance, de la hauteur et moins souffrir.

Farid me parle souvent de Gandhi parce qu’il n’aime pas la violence. Mais comme il est violenté, il pense qu’il n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence pour se protéger. Je lui dis de réfléchir à l’efficacité, que veut-il obtenir ? et lui rappelle que si Gandhi avait pris les armes et armé le peuple, ils seraient tous morts et les anglais occuperaient encore les Indes. Il me dit : tu as raison.

Pourquoi est-ce que je souffre tant depuis toujours me demande-t-il ? Je lui dis que lorsque nous souffrons, la Vie veut nous apprendre quelque chose pour grandir notre humanité. Tant que nous le l’aurons pas appris, nous continuerons de souffrir et de faire souffrir. Cette mise en question est très difficile à accepter. Mais au-delà (dans cette vie), le bonheur sera à la mesure de la souffrance. De plus, lui qui aime tant aider les autres, il sera un phare.

Je lui suggère de faire de l’exercice spirituel comme il fait du sport, de méditer en prenant conscience de sa respiration, de son corps... Je ne peux pas dit-il. Je lui dis d’entourer son coeur d’un manchon de soie, l’amour de celles et ceux qui l’aiment. Et de "se couper" intérieurement du dehors. Ainsi tu pourras, lui dis-je encore. Je lui rappelle que je suis une grand-mère. Si je me permets de lui parler ainsi, c’est que j’espère être seulement "révélatrice" de ce qu’il a déjà en lui, de ses propres ressources. Son livre en témoigne à chaque page. L’aide que je lui apporte éventuellement ne peut être qu’à la mesure de ce qu’il souhaite lui-même.

Je lui raconte une histoire lue ou entendue : un homme voit qu’on tue devant lui sa femme et son enfant (peut-être était-ce un autre événement gravissime, qu’importe). Sa première réaction est la haine et le projet de les venger. Par la suite, il prend conscience que c’est cette haine qui a tué ses amours et décide de ne plus ressentir que de l’amour...

Et enfin, je lui suggère de dire la prière des Alcooliques Anonymes.

Extrait de l’article sur ce site :
-  Christian insiste sur l’aspect spirituel, la "Puissance supérieure" bonne pour nous. Il dit que sans cela, cela ne pourrait pas marcher. Les scientifiques disent : "Mais qu’est-ce que c’est que ça ? et pourtant ça marche !".

Il insiste aussi sur la nécessité de vivre le moment présent. "Présent, cela signifie cadeau". Le passé : il est révolu. Le futur, on n’en sait rien. Seul le présent compte. Il est la vie.

Et pour mémoire ce texte de Julos BEAUCARNE.