| Il est clair que, tant en ce qui concerne la question de Mme Zrihen que son commentaire, elle a compris notre manière de situer les jeunes consommateurs au centre de la réflexion.
Cette manière est si inhabituelle dans notre société moralisatrice qu’il est parfois difficile de se l’approprier. Pourtant les éducateurs conscients savent que les "diktats" sont contre-productifs.
Les précisions que je me permets d’apporter n’ont dès lors guère d’impact sur le sens de la question.
Sur la question
Les problèmes induits par les modes de vie et de consommation des jeunes sont souvent différents de ceux des adultes : les jeunes sont plus vulnérables, ne sont en général pas informés et ne sont pas protégés.
Il serait intéressant d’avoir un acteur au Crioc chargé de la problématique des jeunes consommateurs pour l’Etat belge.
Sur la réponse de la Ministre
Il est vrai que dans le contexte actuel, la recherche du profit prime souvent sur la solidarité et l’épanouissement des personnes. Je suis étonnée du bémol : "souvent" ; pourquoi pas "toujours" ?
Quand il s’agit de recherche de profit dans notre système économique, je serais heureuse que Mme la Ministre me cite des exemples d’entreprises qui ont la possibilité de faire passer la solidarité et l’épanouissement des personnes avant la recherche du profit. Sur un plan général, celle-ci prime sur le souci de la satisfaction des besoins vitaux, du bonheur des citoyens non pas parce qu’il s’agit d’une décision des chefs d’entreprise, mais parce que dans le système économique tel qu’il fonctionne actuellement, ils n’ont pas d’autre choix que rechercher la rentabilité et le profit à court terme de même que la croissance s’ils veulent que leur entreprise survive sur le plan économique !! Le marketing se permet des techniques de séduction de plus en plus insidieuses pour gagner et fidéliser un public jeune qui n’y voit que du feu.
... nous encourageons l’éducation à la citoyenneté et à la consommation, en essayant de sensibiliser les jeunes aux conséquences de leur comportement d’achat, de leur faire prendre conscience des avantages d’une consommation durable, éthique et socialement responsable
D’abord, cette éducation à la citoyenneté et à la consommation est loin d’être généralisée. Ensuite, de quels avantages s’agit-il pour les jeunes ? Quelle place à effectivement le jeune consommateur dans ce type de réflexion ? Sa santé par exemple ? Son bonheur ? Sa résistance aux entreprises de marketing par la dénormalisation, l’éducation aux médias ? Sa protection juridique ?
Notre expérience pédagogique, à partir par exemple du besoin vital de boire, qui s’appuie sur le jeune en tant que "consom’acteur", ouvre de larges perspectives en relation avec ses droits, son budget, son information, les choix ou les non choix, la sauvegarde de l’environnement, les relations internationales... et même, l’eau comme enjeu de guerre et de paix. Il s’agit de prendre conscience, de se situer autrement dans la société de consommation.
Cela étant dit, il est évident que les exemples cités par Mme HUYTEBROECK, même s’ils sont intéressants en soi, s’éloignent de l’objet de notre asbl. En filigrane : notre Mémorandum.
La création de vêtements à partir de matériaux de récupération : magnifique occupation qui peut induire une réflexion sur la limitation des ressources planétaires, les conditions de travail dans les entreprises de fabrication de vêtements, les choix en relation avec le budget, la solidarité, etc. mais en tout cas, rien ne permet de croire que cette occupation peut introduire une information sur les droits des jeunes consommateurs en général, chaque droit s’ouvrant sur un éventail de propositions...
L’action Camp Lanta : s’inscrit dans la ligne des "éco-camps" lancée il y a quelques années par le Patro, reprise par la Fondation Roi Baudouin (Vert de Terre) et... de la démarche fondée sur les besoins vitaux du RéAJC asbl... Même si cette expérience est on ne peut plus intéressante, elle semble ne tenir compte que de certains besoins vitaux physiques pour introduire... l’éco-consommation. Il manque apparemment l’information systématique sur les besoins vitaux... Et l’on s’éloigne manifestement de la démarche du RéAJC asbl.
La publication, par la Fédération des maisons de jeunes, d’une brochure intitulée « La surconsommation, phénomène à contrecarrer ». Il suffit que les internautes cliquent sur ce lien pour constater que cette brochure, par ailleurs très intéressante, ne se préoccupe pas des jeunes eux-mêmes.
La carte blanche du Conseil de la Jeunesse concerne le contrôle de la publicité. Ici, nous approchons de notre démarche parce que ce sont les jeunes eux-mêmes qui l’ont initiée et parce que c’est une manière pour eux de veiller indirectement à leur meilleure protection en matière de consommation. Mais il s’agit d’une action ponctuelle.
Oui, nous l’avons souvent dit, il y a des initiatives ponctuelles. Elles existent depuis la création du CRIOC (1975) qui avait considéré au départ l’éducation des jeunes consommateurs comme une priorité au point que son Service Information-Education lui était consacré ! Cela n’a pas permis d’obtenir une prise en compte par l’Etat belge de son engagement pour une éducation systématique des jeunes consommateurs à l’école par sa ratification de la Charte européenne de protection des consommateurs. Et le répertoire créé sur ce site à la demande de la Ministre LAANAN a révélé une moisson bien pauvre et n’a pas reçu de suivi.
Il y a donc pas mal d’initiatives mais il faudrait en plus un dispositif de protection des consommateurs. Il en existe un au niveau fédéral, puisque la protection des consommateurs relève de sa compétence. Ce dispositif ne prend pas particulièrement en compte les jeunes consommateurs ! L’Etat belge d’ailleurs ignore les jeunes consommateurs !
Enfin, malgré notre insistance dont on trouve la trace sur ce site, il n’est nullement question des jeunes consommateurs dans le Plan jeunesse de la Ministre Huytebroeck puisque cette question a été considérée comme une matière fédérale !
Au moment où cette question parlementaire était posée, la Ministre de la Santé Mme Onkelinx proposait un autre plan jeunesse !
Mme Zrihen conclut en insistant sur la prévention par l’éducation. L’éducation des jeunes consommateurs notamment à l’école ? Espérons que cette conclusion que nous précisons ne reste pas un voeu pieux.
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