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      Un moratoire contre la fabrique de bébés téléphages !
    Diffusion le 15 décembre 2008
    Communiqué par Yapaka.

Cliquer ici.

Pourquoi ?

1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les objets qu’il rencontre. L’intelligence, à cet âge, est en effet sensorielle et motrice plus que conceptuelle ou imagée. Il est à craindre que le temps passé par l’enfant devant les programmes d’une chaîne pour bébés - qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée pour les tout-petits - ne l’éloigne des activités motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à cet âge.

2. Nous savons aussi que l’enfant n’établit une relation satisfaisante au monde qui l’entoure que s’il peut se percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce qu’il fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un statut de spectateur du monde.

3. Les parents peuvent être tentés d’utiliser la télévision comme moyen d’apaiser l’enfant, mais elle leur évite en réalité un travail éducatif sur lequel il pourrait s’appuyer pour grandir.

Prenons deux exemples :

Tous les parents savent comme le coucher d’un tout-petit est difficile : l’enfant rappelle, les parents y retournent, puis quittent sa chambre... pour revenir un peu plus tard, attirés par de nouveaux cris et finalement lui apprendre à s’endormir tout seul. Installer une télévision dans la chambre de leur enfant facilitera peut-être son endormissement, mais lui évitera d’affronter les angoisses de séparation qu’il trouvera tôt ou tard sur son chemin.

Par ailleurs, l’enfant doit apprendre à faire face à l’absence, au vide, à l’ennui... c’est ce qui lui permettra plus tard de ne pas être dans une incessante avidité de consommation (achat inutiles, alcoolisme, partenaires kleenex...). Edulcorer la douleur de la frustration risque d’entraîner l’enfant dans une pseudo satisfaction par le biais d’objet externes qui ne l’apaiseront jamais car le manque est interne.

4. En outre, le bébé précocement captivé par le rythme rapide des couleurs et des sons qui se succèdent sur l’écran risque d’intérioriser ce rythme dans sa personnalité en formation. Ainsi peut s’installer un cercle vicieux tragique dans lequel les parents ne voient plus d’autre solution, pour calmer un enfant, que de le placer devant un écran... où des images et des sons qui se succèdent à un train d’enfer contribuent à accroître son instabilité. La télévision devient ce qui l’excite sans cesse selon un rythme toujours imposé par elle, et avec une intensité largement supérieure aux stimulations habituelles de la vie quotidienne. Elle devient un équivalent technologique de la relation pathogène, hyperstimulante et intrusive. D’un côté, les parents ont recours à la télé pour que leur enfant reste tranquille... et d’un autre, ce même enfant révèle une agitation croissante aussitôt que l’écran s’éteint.

5. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès les débuts de sa vie, et notamment à ceux dont il a l’impression qu’ils le regardent. Il est à craindre que les jeunes enfants ne développent une relation d’attachement aux modèles de la télé semblable à celle qu’ils ont avec les adultes qui les entourent.

On voit combien l’argument qui consiste à dire que les chaînes pour jeunes enfants ne contiennent pas de publicité est fallacieux : tous leurs programmes constituent des supports publicitaires pour les produits dérivés que l’enfant demandera aussitôt qu’il les verra ! Certains enfants pourront même établir une relation d’attachement aux écrans indépendamment de tout contenu. Ils ne se sentiront sécurisés que si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux. Jusqu’à devenir, plus tard, des adolescents qui attendent une approbation de ce qu’ils pensent, ressentent, et sont... à des écrans.